« Portugal », Cyril Pedrosa

Comme vous le savez, nous sommes aujourd’hui le 25 avril. Mais comme vous ne le savez peut-être pas, ce jour tient une place particulière dans le calendrier portugais. Le 25 avril, c’est la Fête de la Liberté, le jour de la Révolution des Oeillets. Le jour de 1974 où le Portugal a dit non à Salazar et a renversé le pouvoir, pour se débarrasser de cette dictature et basculer vers la démocratie.

C’est pourquoi j’ai choisi de présenter Portugal aujourd’hui, précisément.

Résumé : Simon Mucha est un artiste frustré. Il n’arrive pas à aller au bout de son livre et gagne sa vie en donnant des ateliers de dessin dans les écoles et en produisant quelques illustrations par ci par là. Sa femme Claire a envie d’avancer dans la vie, qu’ils cessent d’être locataires pour enfin acheter et avoir quelque chose à eux. Simon reste en retrait de tout ça. Il ne sait pas ce qu’il veut faire de sa vie, est indécis. Quand il est invité à un festival de BD au Portugal, le pays d’origine de sa famille, cela va marquer le début de ses retrouvailles avec lui-même.

Mon avis : ENORME COUP DE COEUR !!

Pourquoi ? La première, la plus évidente raison, c’est que j’ai eu le sentiment de faire partie de la famille de Simon. Ses grands-parents sont venus en France pour travailler et fuir le régime de Salazar. Comme les miens. Leurs enfants ont grandi en France. Comme mon père. Simon a grandi sans tout savoir de sa famille. Comme moi. Mais ce qui nous distingue c’est qu’encore aujourd’hui je vais de temps eu temps au Portugal, et que je comprends la langue sans problème.

Mais ce n’est pas que pour ça que j’ai aimé cette BD. Il s’agit d’une histoire aussi intense que celles qu’on peut trouver dans les romans. On commence avec Simon. On sent qu’il est à côté de la plaque. Claire essaye de le bouger mais lui est apathique, sans envie, sans but. Pas dépressif pour autant, c’est juste que comme il ne sait pas où aller il ne va nulle part et attend le déclic.

Ce déclic, ce sera son voyage au Portugal pour le festival. Ca commence par le trajet en avion, où tout à coup il se prend à détester ces touristes qui se moquent de la langue portugaise employée par le pilote. Là-bas il va retrouver cette langue qu’il entendait dans son enfance, le doux climat, les gens qui trainent dans les cafés à boire uma bica. Il va se sentir bien au-côté de ces gens. Et le retour en France va signer le retour des difficultés.

Dans une deuxième partie, la famille va prendre une importance capitale autour du mariage de la cousine de Simon. Les Mucha sont une famille de taille moyenne. Simon a des oncles et tantes, mais ce petit monde se voit peu. On sent qu’il y a des tabous, des non-dits, trop de silences. Dans la famille on s’aime mais on ne se le dit pas. Cependant Simon, après son voyage au Portugal, a besoin d’aller vers ses racines et de comprendre d’où il vient, de fouiller un peu. De ce fait chacun va se livrer timidement mais chaque jour davantage lors de ce séjour chez la belle-famille bourguignonne. Ce qui va le plus resortir c’est la place que le père de Simon pense occuper dans la famille. Là encore cette partie a eu une résonance particulière dans mon vécu. A chaque visite au Portugal je me sens appartenir à ce pays, et j’ai envie d’en savoir davantage sur ma famille. Et à chaque fois j’apprends de nouvelles choses ! Par exemple, comme Simon, j’ai appris que mon nom de famille n’était pas le nom de famille que j’aurais normalement dû recevoir. C’est assez étrange comme Simon et moi avons besoin de fouiller pour savoir 🙂

Et dans la troisième partie, Simon se prend en main : il part au Portugal. Il y a une nette différence avec la première partie, dans laquelle il s’est rendu au festival sans informer quiconque de sa venue. Là au contraire, il a contacté son cousin qui va lui donner les clefs de la maison familiale. Il va renouer avec sa tante, humer le Portugal, s’imprégner de la langue en essayant de l’apprendre. Il reste quelques temps isolé dans le village, mais il voit Amelia tous les jours, qui vient s’occuper du jardin. Peu à peu Simon respire à pleins poumons cette vie, et comprend qui il est en comprenant d’où il vient.

Une histoire vraiment formidable, très détaillée et foisonnante d’émotions. Et je ne sais pas comment un non lusophone ressent cette lecture, mais moi j’ai adoré lire autant de portugais. Et souvent pas traduit, donc c’est au lecteur de deviner, d’accepter d’être perdu comme Simon. J’ai énormément souri en lisant ces petites expressions qu’au Portugal on entend tous les jours comme ta bem, ou le qui vient souvent en fin de phrase. Et puis les p’tites blagues et quiproquos que Simon ne comprend pas mais que moi je comprends. C’est plutôt amusant de saisir la farce à un double niveau 🙂

Le Portugal de Cyril Pedrosa est aussi très beau. Sur la couverture vous voyez à quoi ressemble une rue de Lisbonne. C’est vraiment comme ça, avec les petits balcons et le linge suspendu en travers de la rue. Et puis sont évoquées des spécialités gastronomiques, comme la soupe de pierre ou le vin de l’Alentejo. Les tenues des femmes sont criantes de vérité, les rues, les villages, tout. C’est un Portugal authentique que vous aurez l’occasion de découvrir à travers ces planches, dont la disparité du style et des couleurs donne encore plus d’intensité au récit et de plaisir au lecteur.

En clair, au cas où vous n’aurez pas compris, j’ai adoré ! Et comme les copains non lusophones ont aimé aussi je pense ne pas me fourvoyer 😉

Enfin je me suis retrouvée en Simon lorsqu’il dit, parce qu’on vient de plusieurs horizons : « C’est un peu comme si je me sentais chez moi partout. Ou nulle part ? »

Les billets de : OliV, Mango, Mo’

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Dupuis / Aire Libre, ISBN 978-2-8001-4813-7, 261 pages, 35 €

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21 réflexions au sujet de « « Portugal », Cyril Pedrosa »

  1. Un non lusophone vit cette histoire aussi intensément… du moins, cela a été mon cas. Les questions de filiations, d’identité, la manière dont les sentiments et les émotions sont ici décrites, tout cela est universel et je pense que chaque lecteur peut se les approprier, quelque soit son histoire personnelle et familiale. C’est mon modeste avis en tout cas
    « Portugal » fut un énorme coup de cœur pour moi aussi… merci d’avoir partagé le tient 😉

    1. Je te rejoins complètement 🙂 J’ai vécu cette histoire peut-être un peu plus intensément mais vu le succès rencontré par cette BD je pense effectivement qu’elle parle à chacun d’entre nous.

  2. C’est un ouvrage vraiment superbe et je comprends ton émotion puisque tu te sens très proche du héros. Je ne connais pas le Portugal mais cela ne m’a pas empêché de beaucoup apprécier cette BD à laquelle je n’ai rien trouvé à reprocher.

    1. Le Portugal dépeint fait très vrai, je m’y suis projetée avec facilité, et avec nostalgie aussi 🙂
      Et je suis contente quand je vois que pour les copains de BDs c’est un coup de coeur aussi !

  3. Je ne connais quasiment rien de l’histoire du Portugal (pardonne-moi) et cette BD a l’air vraiment très intéressante ! Je l’offrirai peut-être à mon chéri qui est un fan de BD et comme ça je lui piquerai !

  4. Je ne sais pas si peux te pardonner Nyra… 😉 C’est une bonne idée cadeau, parce que c’est pas donné, mieux vaut se le faire offrir ;p Mais c’est pas donné parce que c’est un pavé niveau BD, ça ne se lit pas en 30 mn. Il faut se donner le temps de lire toutes ces pages, d’entrer dans l’histoire, de se laisser envelopper par l’atmosphère… Ca vaut vraiment le coup ! Et j’espère que ton homme aimera 🙂

  5. C’est vrai que 35€ c’est une somme… Mais c’est pour son anniversaire, et il aime bien ce genre de BD. Je te dirai si je lui ai offert ou pas ^^

  6. Mais qu’est-ce que j’attends pour le lire ? Dire qu’il est dans ma PAL depuis la St Valentin… Je crois que j’attends les grandes vacances, je me le réserve pour une lecture chaise-longue en plein été !

  7. Vu le poids de la bête je te souhaite bien du courage pour la lecture chaise longue 😀 Mais c’est une lecture qui vaut la peine de prendre son temps, donc oui, attends le moment propice 😉

  8. Un bel enthousiasme, c’est agréable à lire … tout comme cette oeuvre !
    Fête de la liberté, ça c’est une belle fête 😉 Merci pour l’infos .

  9. Ça fait déjà plusieurs semaines que je tourne autour de cette bande dessinée … Avec un titre pareil tu imagines bien qu’elle m’a « tapé » dans l’œil. Le prix me rebute un peu alors je résiste tant bien que mal, mais je finirais par craquer et une chronique comme la tienne ne m’aide pas 😉

    1. J’imagine bien oui ^^ J’ai emprûnté la BD à la médiathèque mais j’ai tellement aimé que je pense qu’un de ces jours je vais me l’offrir.
      Merci d’être passé par ici Andy 🙂

  10. Eh bien mon chéri a adoré ! Il me presse de la lire, certain que je vais aimer aussi. Il a confirmé que l’ambiance était par certains égards la même que dans Le combat ordinaire, une BD qu’on a à l’appart et que j’avais bien aimée. Merci pour l’idée cadeau en tout cas !

A vous les micros !

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