« Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan

Voici un livre qui a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps : presse élogieuse, lectorat tout autant. Pour preuve, cela fait des semaines que Rien ne s’oppose à la nuit se maintient en tête des ventes. Ce n’est pas vraiment un de mes critères pous avoir envie de lire un livre, mais après le passage de Delphine de Vigan dans l’émission La grande Librairie, je n’ai eu qu’une envie : le lire, et vite. C’est pourquoi lorsque j’ai vu que Mélo le proposait dans ses Livres Voyageurs, j’ai sauté sur l’occasion.

Résumé : il s’agit d’un livre autobiographique. Delphine de Vigan a retrouvé sa mère morte chez elle. Elle qui s’était battue depuis toujours contre la vie s’est donnée la mort et l’a attendue, allongée sur son lit, seule. Après ce drame, l’auteure, la fille, a ressenti le besoin d’aller à la rencontre de la jeune fille qu’avait été sa mère, et de retranscrire ce qu’avait été sa vie. De parler d’elle, tout simplement. Pour cela elle s’est appuyée sur les témoignages des nombreux frères et soeurs de Lucile.

Mon avis : le récit commence par le commencement, à savoir la jeunesse de Lucile. Elle est la troisième d’une grande famille. Sa mère avait prévenu George avant de l’épouser : elle voulait douze enfants, c’était ça ou elle irait trouver un autre prétendant. Et Liane s’est transformée en mère pondeuse, mais pas une mamma, non, plutôt un p’tit bout de femme très énergique ! Lucile a grandi au milieu de frères et soeurs, secondant sa mère avec les plus petits. C’était une petite fille discrète, effacée. Elle observait beaucoup ce qui passait autour d’elle, en silence. Elle était solitaire, regardait ses frères et soeurs s’amuser dans prendre part à leurs jeux. Elle vivait déjà dans son monde. A la maison, l’argent n’était pas toujours là mais c’était une famille aimante et heureuse, assez libérale pour l’époque me semble-t-il.

Mais il est des familles sur lesquelles le malheur s’abat avec acharnement. Cela a commencé avec la mort du petit dernier, Antonin. Tombé dans un puits alors qu’il jouait avec les autres enfants pendant les vacances. Puis d’autres décès tout aussi tragiques sont venus entacher le bonheur de la famille Poirier.

Delphine de Vigan remonte le fil du temps, et pour avoir accès aux informations avec précision a dû interroger ses oncles et tantes. C’est là que le livre prend une intensité émotionnelle différente mais toute aussi forte. Il est des plaies qu’on s’efforce d’oublier pour ne pas raviver la douleur, et l’auteure se voit contrainte d’aller les rouvrir pour donner le récit le plus vrai possible. Il en est ressorti une peur profonde de se mettre à dos les membres de sa famille, à l’instar de l’écrivain Lionel Duroy. Je l’avais vu s’exprimer à la télévision et c’était vraiment déchirant de le regarder. D’un côté il disait qu’il avait fait ce qu’il fallait, qu’il devait être fort et assumer, mais de l’autre, cela se voyait physiquement que cettte situation le rongeait. Cette peur apparait régulièrement dans le récit, lorsque l’auteure fait une pause et partage avec nous son avancée dans le livre, et les répercussions sur sa vie : les cauchemars, les doutes, les entrevues avec ses tantes…

Le livre est divisé en deux parties, mais j’en vois clairement deux : la vie de Lucile avant et après la naissance de Delphine. Cette seconde partie est la plus poignante, car l’auteure passe de la focalisation externe à la focalisation interne. Elle témoigne de ce qu’elle a vu de ses propres yeux, et il est très perturbant de lire qu’en école primaire, Delphine écrivait déjà dans son journal intime que tous les soirs après l’école elle craignait de rentrer et de trouver sa mère morte, par terre. Elle avait clairement peur qu’elle attente à ses jours. Il y avait ostensiblement de l’amour dans ce foyer, mais Lucile était loin d’être la mère idéale, qui préparait le goûter et passait du temps avec ses filles. 

Des moments très durs sont exprimés dans ce récit, et enore, je pense que Delphine de Vigan ne nous dit pas tout. Puis un secret de famille bien gardé va intensier davantage l’atmosphère de drame qui pèse sur cette famille. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteure a traité ce qu’elle avait besoin de dire : avec franchise mais avec une certaine pudeur aussi. Je dirais qu’elle n’en rajoute pas, les faits se suffisent à eux-mêmes. La fin est tout de même très émouvante, puisque je ne trahis rien en disant qu’elle raconte le moment où elle a découvert sa mère. Tout ce qui se joue autour de cet évènement est terrible.

J’ai adoré lire ce livre, même si j’éprouve une certaine culpabilité à avoir pris du plaisir à lire la vie de personnes qui ont connu beaucoup de malheur. En tous les cas je vous le recommande chaudement .

Je remercie chaleureusement Mélo pour m’avoir donné l’opportunité de lire ce livre 🙂

JC Lattes, ISBN 978-2-7096-3579-0, 439 pages, 19 €

 

Publicités

14 réflexions au sujet de « « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan »

  1. J’adore Delphine de Vigan et j’ai envie de lire ce livre depuis qu’il est sorti … Vivement le poche ^^ sinon j’attendrai de pouvoir me prendre une liseuse … A voir …

  2. Quand il sortira en poche je pense que je me le prendrai aussi, c’est le genre de livres que j’ai envie de garder dans ma bibliothèque 🙂

  3. Je suis ravie qu’il t’ait plu. Je ne l’ai pas encore lu, (je l’avais mis en voyageur quand on me l’a demandé et ça ne me dérange pas puisque j’ai la possibilité de le lire par une amie) et autant j’ai très envie de m’y plonger, autant il me fait peur de par la souffrance qu’il doit remuer !
    Je te mail prochainement pour te donner l’adresse suivante.

    Bonne soirée 🙂

  4. C’est très émouvant mais l’écriture de Delphine de Vigan reste assez en retenue, donc je dirais que ça pourrait être pire.
    Merci encore en tout cas 🙂

  5. Ce livre est dans ma wishlist depuis qu’il est sorti, et je dois le lire pour un challenge, j’ai vraiment hâte de le lire ! Et je dois avouer que ton billet m’en donne particulièrement envie 🙂

      1. J’ai finalement commencé à le lire hier, et impossible de m’en détacher… Je n’en suis qu’au début mais je sens vraiment poindre une lecture très émouvante et dont on ne ressort pas indemne !

        1. Ca prend aux tripes. C’est raconté avec pudeur mais les faits sont tels que ça nous émeut beaucoup. Bonne lecture ! (Quoi qu’à ce moment précis tu dois déjà avoir terminé et chroniqué te connaissant ^^)

  6. PS: je suis connectée sous l’autre blog, toujours impossible de laisser un commentaire autrement… Du coup, je ne sais pas comment les avis de réponses vont fonctionner.

  7. Mince alors, c’est vraiment pénible cette histoire !
    Il te fait peur à quel niveau ? Des émotions ? Si c’est ça je l’ai vraiment trouvé sensible et pudique, j’ai même trouvé que Delphine de Vigan a réussi à garder un très bel équilibre entre ce qui peut se dévoiler et ce qui doit rester intime,et elle a une façon de dire les choses qui fait que ça nous touche sans qu’on soit complètement submergés par un déballagé d’émotions.

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s