« Entremonde », de Neil Gaiman et Michael Reaves

 Au départ, c’était un projet pour la télévision. Neil Gailman et Michael Reaves avaient écrit un scénario dans lequel deux hégémonies aux propriétés antagonistes essayaient de mettre le grapin sur des planètes différentes représentant une infinité de réalités possibles. Mais les producteurs ne saisissaient pas l’idée. Les deux auteurs ont donc choisi d’écrire un roman, pour que les producteurs comprennent mieux. Mais les producteurs ne lisent pas de roman. Ce projet, ils l’ont fait en 1995. Après l’avoir laissé des années dans un tiroir, ils ont décidé de sortir le roman, car après tout, s’il n’y a pas de téléspectateurs, il y aura peut-être des lecteurs.

Résumé : Joey est un élève moyen. Pas nul, mais pas brillant non plus. Pas populaire, mais pas un souffre-douleur non plus. Il est amoureux de Rowena, et lorsqu’ils partent pour une course d’orientation dans la ville, Joey la laisse seule le temps d’aller au coin de la rue. Lorsqu’il revient, il voit bien que la jeune fille a changé. C’est toujours Rowena, mais dans une autre version. Autre couleurs d’yeux, autre coupe de cheveux. En rentrant chez lui sa mère ne le reconnait pas. Normal : elle n’a pas de fils.

Grâce à Jay, venu le chercher depuis l’Entremonde,  Joey va comprendre qu’il existe un Altivers, un univers qui comprend des planètes représentant des réalités parallèles. Lorsqu’une décision importante est prise à l’échelle nationale par exemple, un monde parallèle se créé automatiquement, comme une sauvegarde. Dans l’Entremonde, une armée de variations de Joey oeuvre pour un équilibre entre deux hégémonies assoiffées de pouvoir et antagonistes, l’une utilisant la magie et l’autre la technologie. Chacune essaye de s’emparer des planètes du Milieu, et l’armée de l’Entremonde est là pour contrecarrer leur plan.

Mon avis : avec un jeune adolescent pour héros, ce livre cible clairement un lectorat jeunesse. Néanmoins, c’est un roman à l’univers très travaillé, très imaginatif, dans lequel on prend plaisir à se projer qu’importe l’âge. La passage d’un monde à un autre est très visuel, plein de couleurs, d’effets étranges, mais aussi de sensations, avec l’apesanteur, les odeurs. C’est ce qui me reste le plus en tête après lecture : les impressions visuelles et sensitives.

L’histoire elle-même n’est pas en reste. Je trouve déjà l’idée de base géniale, puisqu’il y a un double niveau. Sur un plan vertical les mondes se cumulent parallèlement, ne se croisant que lorsque les Marcheurs, qualité de Joey, trouvent un passage vers l’Entre-deux, zone de non-droit entre les mondes dans laquelle des monstres dangereux pullulent. Et sur un plan horizontal les mondes forment un camaïeu depuis ceux qui n’utilisent que la magie jusqu’à ceux qui n’utilisent que le technologie. Cette complexité dans l’architecture de cet Altivers donne tout son intérêt au projet de Neil Gaiman et Michael Reaves.

De plus, les aventures, ou devrais-je plutôt dire les mésaventures de Joey, tiennent le lecteur en haleine. Si on se base sur le projet premier des deux auteurs d’en faire une série, on peut facilement faire le parallèle entre les fins d’épisodes qui laissent le téléspectateur sur sa fin avec les chapitres du roman. Il se passe quelque chose tout le temps, et les chapitres nous laissent dans l’expectative. Joey vit la découverte de cet Altivers, puis les évènements s’enchaînent, dans le contexte d’un conflit avec les deux hégémonies dominantes. Il se fait des amis, mais pas que. Il s’accomode de sa nouvelle vie, mais il fera ce qui sera considéré comme une faute impardonnable et sera puni en conséquence.

Pour alléger la recherche et la complexité abordable de leur univers, les auteurs ne lésinent pas sur l’humour, apporté par touches mais toujours à-propos et efficace. De nombreuses références connues des plus et moins jeunes sont bien vues et bien amenées. Cela rend la lecture d’autant plus plaisante.

J’ai pris beaucoup de plaisir à me plonger dans ce roman, bien que le roman jeunesse ne soit pas mon fort. Mais je me rends compte que la littérature jeunesse est devenue plus mâture, un peu comme les films d’animation qui s’adressent maintenant aussi bien à un public jeune qu’à un public adulte. Je conseille donc Entremonde à un large public, aux jeunes comme aux moins jeunes 😉

Et pour ceux qui aiment ce type de SF, j’ai aussi parlé de Palimpseste de Charles Stross sur ce blog, avec lequel j’ai trouvé pas mal de résonsances dans Entremonde.

Remerciements : merci à News Book et aux Editions j’ai Lu pour ce partenariat 🙂

J’ai Lu, ISBN 978-2-290-03264-0, 222 pages, 5,80 €

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7 réflexions au sujet de « « Entremonde », de Neil Gaiman et Michael Reaves »

  1. Mais ça à l’air pas mal du tout du tout !
    ça me fait penser à Sliders (qu’est-ce que j’ai kiffé les 3 premières saisons)

    Est-ce qu’à ton avis, si ce livre trouve son public, il sera prévu une (ou plusieurs) suites ? Le livre a une fin ?

    1. Oui, le livre a une fin, mais… je pense qu’il y a moyen d’en faire une suite ^^ Seulement est-ce prévu par les auteurs, sachant que ce projet a un passif de 15 ans de tiroir ? A suivre…

A vous les micros !

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