« Dans la nuit la liberté nous écoute », Maximilien Le Roy

A 27 ans, Maximilien le Roy a déjà une belle carrière de dessinateur et scénariste derrière lui. Ce qui le caractérise c’est qu’il aborde des sujets sérieux, véridiques, en enquêtant à la manière d’un reporter. Ses précédents ouvrages sont notamment : Nietszche, d’après un ouvrage de Michel Onfray ou encore Faire le mur, qui parle du conflit israëlo-palestinien.

Pour Dans la nuit la liberté nous écoute, Maximilien Le Roy a commencé par faire des recherchers sur les Français qui se sont ralliés aux Vietminhs durant la guerre d’Indochine. Il a lu le témoignage De l’Indochine coloniale au Vietnam libre d’Albert Clavier, et a décidé qu’il fallait absolument rencontrer cet homme. Puis il s’est rendu au Vietnam, pour effectuer les repérages nécessaires à ses dessins. C’est ainsi qu’est née cette BD, relatant l’histoire d’Albert Clavier, un soldat blanc d’Hô Chi Minh, et qui figurait dans la séléction d’Angoulême 2012.

Résumé : Albert Clavier a 20 ans lorsqu’il part pour l’Indochine. L’armée française justifie le conflit par la nécessité d’y assurer la continuité de la France. Mais très vite Albert perçoit l’injustice de la situation. Le pays a proclamé son indépendance, il n’a plus à être tenu par les autorités françaises. Petit à petit il va glisser vers la résistance vietminh et participer activement à la reconstruction  du pays.

Mon avis : même si je me doutais que tous les soldats envoyés en Indochine n’étaient pas en faveur de cette guerre, je ne savais pas que certains étaient passés de l’autre côté aussi activement.

Albert est né dans une famille pauvre, et vivait dans une banlieue ouvrière de Grenoble. Il a très très tôt adhéré à la cause communiste. Au départ il ne s’est pas engagé dans l’artillerie coloniale pour véritablement être soldat, mais par goût du voyage et envie d’aborder des contrées lointaines. Il a tout fait pour ne pas aller en Indochine, en volant un camarade, en demandant un faux document médical, quitte à passer devant le tribunal militaire et moisir des mois au cachot. Mais chaque fois son nom se trouvait sur cette fichue liste et il a bien fini par se résigner. Mais une fois là-bas il restait assez isolé, lisant pendant que les autres buvaient et allaient voir des femmes. Et il a même réussi à être engagé dans les bureaux administratifs, histoire de ne pas être mêlé directement à un conflit auquel il n’adhérait en rien.

Par hasard, en marchant dans la forêt, il rencontre un village de Vietnamiens, dans lequel vit Bat. Ils passent des soirées ensemble, Bat lui présente des amis, et au fur et à mesure c’est une amitié sincère qui s’installe, si bien qu’un jour Bat lui révèle qu’il est engagé dans la résistance et qu’il est le chef de l’organisation clandestine dans la région. C’est ainsi qu’Albert va s’engager à ses côtés. C’est un homme loyal, qui aimerait être fidèle à son pays, mais il estime qu’il lui est plus fidèle en honorant la cause vietminh, qui prône la liberté, l’indépendance et la justice, plutôt qu’en restant aux côtés des soldats français, racistes et cruels, et qui agissent à l’encontre de la devise de la nation. Sa vie de résistant n’est pas de tout repos. La malnutrition et la maladie l’affaiblissent, et les soins ne se trouvent pas à chaque coin de ruelle. Mais il tient bon et prend une part active dans la résistance, toutefois sans aller au combat direct contre ses compatriotes.

Cette BD est un récit formidable. C’est comme un documentaire romancé, on suit la vie d’Albert depuis la naissance, depuis ce qui a fait de lui un communiste épris de justice, jusqu’à son engagement auprès des Vietminhs. Il en faut du courage pour embrasser la cause d’un peuple qu’on connait à peine, dont on ne partage pas la langue. Mais après des années sur place Albert en a fait sa terre d’adoption, devenant reporter, recevant du courrier du gouvernement. Il y tombe amoureux… Mais le revers de la médaille c’est qu’il a été condamné à mort par contumace en France pour trahison, et lorsqu’en 1962 il prend connaissances de toutes les dérives staliniennes, ses croyances idéologiques s’en trouvent bouleversées. Il ne rentrera en France qu’après 21 ans d’exil, amnistié.

J’ai beaucoup aimé lire l’histoire d’Albert Clavier. C’est instructif sans être ennuyeux, et qui plus est bien documenté. Un dossier de fin regroupe des photos d’Albert, de sa famille, de sa fille née au Vietnam. Et un entretien très complet avec Alain Ruscio, spécialiste de l’histoire vietnamienne contemporaine et de la colonisation, vient clore cet opus.

Les dessins ne sont pas là pour qu’on s’émerveille devant, et restent dans des tons entre gris et kaki, avec des traits bruts. Ce n’est pas un style que j’apprécie dans l’absolu mais il est ce qui convient le mieux pour ce récit et pour mettre en avant la force du propos. Je retiendrai le nom de Maximilien Le Roy, un scénariste à part qui a su m’intéresser par sa façon de faire, en travaillant côte à côte avec Albert Clavier pour être sûr de retranscrire sa vérité tout en s’appuyant sur l’histoire objective de cette période. Un seule regret cependant, celui que celui qui a inspiré cet ouvrage n’ait jamais eu l’occasion de le lire…

Si vous voulez en savoir plus sur Maximilien Le Roy je vous invite à consulter son blog.

 Retrouvez les autres billets BDs du jour chez Mango !

Le Lombard, ISBN 978-2-8036-2982-4, 183 pages, 25,50 €

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10 réflexions au sujet de « « Dans la nuit la liberté nous écoute », Maximilien Le Roy »

  1. Je ne me suis pas ennuyé non plus mais j’ai préféré nettement ‘Faire le mur’ de Maximilien Le Roy. J’attendais peut être plus (trop) d’une position de l’auteur.

    1. Cette BD là m’intéresse aussi, je vais essayer de la trouver. Et j’aime justement cette position d’observateur. Le protagonistes est suffisamment engagé pour que Le Roy reste en retrait 🙂

    1. J’ai été très étonnée de voir son âge, et tout ce qu’il a déjà accompli. C’est aussi pour ça que j’ai d’autant plus envie de le suivre 🙂

    1. C’est la deuxième fois qu’on me signale un souci au niveau des commentaires… 😦

      J’ai l’impression que c’est un homme passionné et pas forcément engagé. Il a juste une soif de savoir et de transmettre. C’est le sentiment que j’ai eu en tout cas, et c’est ce qui m’a le plus captivé 🙂

A vous les micros !

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