« Les auteurs du noir face à la différence », Collectif

« A l’origine ce n’était qu’une idée en l’air. Le fruit d’une discussion entre quelques auteurs autour d’un verre lors des Quais du Polar en mars 2011. »

Mais l’idée a fini par faire son bout de chemin puisqu’il y a quelques jours je recevai ce recueil, fruit de la collaboration de 15 auteurs spécialisés dans les histoires noires. C’est Fabien Hérisson (« proprio » du site internet Livresque du Noir) qui a pris ce projet à bras le corps, et c’est donc avant tout grâce à lui si cet ouvrage a pu voir le jour. Parmi les écrivains contactés, l’un d’entre eux a accepté à condition que les droits d’auteurs soient reversés à une association, en l’occurence Ecoute ton coeur, qui oeuvre à l’insertion des autistes dans la société. Je vous en avais déjà parlé dans le billet sur L’Exquise nouvelle. Et c’est tout naturellement que le thème de ce recueil s’est imposé de lui-même : la différence.

J’avoue que pour certaines nouvelles je n’ai pas bien compris le lien avec ce thème, mais pour la majorité d’entre elles le rapport à la différence est évident et originalement traité. Parfois on a un pincement au coeur, parfois on a la rage, et très souvent nous sommes pris par l’intensité dramatique de la nouvelle, car ces auteurs restent dans leur créneau et le suspense a la part belle.

Ce qui est en revanche commun à toutes les nouvelles c’est la qualité de l’écriture. Pas une ne dénote dans l’ensemble, les 15 textes sont vraiment très agréables à lire.

Je ne vais pas vous parler de toutes les nouvelles, on ne verrait pas le bout du billet. Mais je vais quand même m’attarder sur celles qui m’ont vraiment conquises, à commencer par ma nouvelle coup de coeur : Un fauteuil pour deux de Gaëlle Perrin. Le truc avec celle-ci c’est que je ne peux presque rien dire sur l’histoire, ça gâcherait tout. Sachez juste qu’un homme paraplégique s’est fait agresser chez lui, mais que grâce à ses années d’armée il a su se défendre et neutraliser son agresseur malgré son handicap. Je ne dirai que cela, et qu’à un moment de ma lecture le sang a afflué d’un coup dans mon cerveau quand j’ai compris que… Vous voyez l’effet de cinéma qui consiste à partir d’un champ large pour arriver très rapidement en gros plan sur un visage pour exprimer la stupeur ? Ca m’a fait pareil.

J’ai beaucoup aimé également la première nouvelle, Etre une femme de Nicolas Sker. Une femme se réveille dans la rue. Elle souffre, elle est en sang, ne comprend rien à ce qui lui arrive. Ici la différence se fait à un double niveau. Au départ celle d’être une femme, puis finalement celle aussi de ne pas être complètement femme. Là encore je ne veux pas gâcher le suspense. J’ai en tout cas été bluffée par la capacité de l’auteur à se mettre dans nos chaussures.

Une nouvelle qui m’a bouleversée est La petite mécanique de l’horreur de Valéry Le Bonnec. Cette oeuvre de fiction s’inspire largement de faits réels. Dans certains pays d’Afrique noire les croyances stigmatisent les albinos qui subissent des tortures insupportables pour satisfaire les chamans. De savoir que cela se passe encore de nos jours, peut-être même au moment où j’écris, c’est un crève-coeur.

Certaines nouvelles mettent le doigt sur l’incompréhension qui divise les gens « dans la norme » et ceux qui sont différents d’un point de vue médical. Ondes de choc de Sophie Loubière raconte l’histoire d’un jeune homme attardé qui est maltraité par sa famille mais ne s’en rend pas compte. Dans De rires et de couleurs, Michel Vigneron a créé une intrigue de thriller tout en nous mettant à la place d’un petit garçon handicapé incapable de bouger ou de s’exprimer. Les souffrances qu’il endure nous sont accessibles, mais le personnel médical est incapable de lire dans les pensées du garçon. Cette incompréhension est exploitée à son summum par Maxime Gillio dans Asperger, mon amour, puisque toute la nouvelle est racontée par une petite fille de onze ans, autiste. Elle est intelligente, sait écrire sans faire de fautes, mais sa vision de la vie ne se fait qu’au premier degré. Si bien qu’elle ne comprend pas que quand ses camarades rient ce n’est pas avec elle mais d’elle. Plein de petites choses font qu’elle est toujours en décalage, et malheureusement à certains moments elle s’en rend compte.

Mais on peut être différent autrement que par le handicap. On l’est parce qu’on vit dans le métro : Désaccord majeur de Paul Colize (j’adore cette nouvelle, courte et ultra cynique). On l’est parce qu’on est laid : La bête noire d’Elena Piacentini (une nouvelle captivante et surprenante). On l’est parce qu’on est étranger : On a déconné de Sébastien Gendron (l’art de dénoncer ce qui ne va pas chez nous avec un humour mordant). On l’est parce qu’on va mourir, et que les gens vous traitent comme si vous aviez déjà les deux pieds dans la tombe : La voix des autres de Hervé Sard.

Finalement je me suis laissée gagner par mon enthousiasme, et j’ai fini par lever un voile sur presque toutes les nouvelles. Mais ce n’est qu’un aperçu, vous serez bien plus touchés et surpris en les lisant, car je le rappelle encore une fois, ce sont des auteurs de polars ! La grande réussite de cet ouvrage est que chacun a su faire passer un message en produisant un excellent texte noir. J’ai donc pris grand plaisir à lire ce recueil, et en plus de cela en faisant une bonne action au passage.

Editions Jigal, ISBN 978-2-914704-85-4, 206 pages, 16,50 €

Publicités

5 réflexions au sujet de « « Les auteurs du noir face à la différence », Collectif »

    1. J’ai été surprise par la qualité des nouvelles, honnêtement. Si jamais tu as l’occasion de le lire je serais heureuse que tu me dises ce que tu en as pensé 🙂

      1. 😀
        Je l’ai reçu samedi, je l’ai eu que le soir tard, donc j’ai pas encore regardé, je lis d’abord le livre du Club de Lecture, j’m’y mets après, ou alors après le Dernier Hiver.

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s