« La vie d’une autre », de Frédérique Deghelt

Ce roman nous avait été proposé lors d’une session du club de lecture auquel je participe tous les mois à Lille. Il n’a pas été choisi pour la lecture commune mais le résumé me plaisait bien, et  je l’avais donc gardé dans un coin de la tête pour une lecture personnelle. Le film tiré de La vie d’une autre sortant au cinéma ces jours-ci, Le Livre de Poche en a profité pour le publier.

Résumé : à 25 ans, Marie est célibataire et insouciante. Elle vient de décrocher un emploi et fête ça au restaurant avec ses amis, et aussi des inconnus, dont un bel hidalgo d’origine russe : Pablo. L’alcool aidant, ils passent la nuit ensemble. Au réveil, Marie voit Pablo à ses côtés. Mais elle voit aussi une chambre qu’elle ne connait pas, et trois enfants qui l’appellent maman. La veille elle avait 25 ans, le lendemain 37 ans. Où sont passées ces douze années ? Comment faire face ?

Mon avis : le roman démarre vraiment très bien. Marie se retrouve dans les chaussures d’une femme de 37 ans, qui est elle-même mais en même temps une autre. Une femme qui s’habille chez Lolita Lempicka, vient de perdre le travail pour lequel elle venait tout juste de fêter son embauche, qui a appris à jouer du piano, qui s’est fait des amies proches qu’elle ne connait absolument pas… C’est terrifiant de se mettre à sa place. Douze années, envolées, comme si notre vie s’était mise en pause en 2000 pour ne reprendre que maintenant, sauf qu’entre-temps les évènements ont suivi leurs cours. Marie n’a pas de souvenirs de son mariage, de ses enfants, de leur naissance, rien du tout.

Alors elle enquête en farfouillant dans ses papiers et tiroirs, afin d’appréhender sa vie et de jouer au mieux son rôle. Car étrangement elle ne dit rien à Pablo, seulement à quelques personnes qu’elle estime dignes de sa confiance. Elle s’adapte à une vie organisée d’épouse et de maman, tout en essayant de comprendre pourquoi elle a oublié cette vie si heureuse, avec un homme qui l’aime comme au premier jour et des enfants merveilleux. Petit à petit, elle va comprendre que contrairement aux apparences, sa vie n’était pas aussi épanouie qu’on veut bien le croire. Un secret se cache derrière cette amnésie.

Mais comme ce secret est banal… On s’attend à une grosse révélation qui va nous faire tomber la mâchoire, et en fait pas du tout. Globalement ce roman m’a semblé trop léger et facile, sans recherche. Je ne sais pas comment on peut se sentir en se rendant compte qu’on a perdu douze années de sa vie mais je doute fort de rester aussi calme que Marie. Lorsqu’elle raconte ce qui lui arrive à ses proches, personne ne la prend pour une folle. Tous l’écoutent d’une oreille attentive et compatissante. De même, Marie trompe Pablo avec un de ses camarades de théâtre au bout de très peu de temps relativement à la conscience qu’elle a de sa relation avec Pablo. Et c’est raconté comme si elle était juste allée faire du shopping, d’ailleurs elle n’y pense plus par la suite, alors qu’elle sait qu’elle vit quelque chose de très fort avec Pablo, mariée depuis des années ou pas.

En revanche, l’écriture est très agréable. C’est fluide, et j’ai beaucoup aimé l’utilisation de la focalisation interne, qui nous met directement en contact avec les pensées de Marie, ses interrogations, ses remarques, ses doutes…

Mais autrement, c’est un roman qui ne me laissera pas un grand souvenir. Je me suis plutôt ennuyée. Ce qui maintenait mon intérêt était l’espoir qu’un fait important se cachait dans ces douze années perdues, mais ce n’est pas le cas. Dans l’absolu ça l’est dans la vie de tout un chacun, mais pour un lecteur, c’est décévant.

Le Livre de Poche, ISBN 978-2-253-12577-8, 252 pages, 6,50 €

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15 réflexions au sujet de « « La vie d’une autre », de Frédérique Deghelt »

  1. Oh, coïncidence amusante, je l’ai lu hier (oui, « Vertige » et celui-là sur la même journée)(enfin, celui-là, je le terminais plutôt). Ben pareil. J’ai été également déçue par l’aspect trivial de la raison de la perte de mémoire. Je suis peut-être cynique, mais je trouve le sacrifice assez injuste (aller, encore une fois, c’est la femme qui trinque…) en plus d’être démesuré. Petite déception que ce livre, même si je l’ai trouvé agréable à lire. Je ne sais même pas si je vais en parler…

    Mais j’ai quand même envie de voir son adaptation au cinéma, juste parce que Juliette Binoche.

    1. Exactement, comme tu dis c’est la femme qui trinque, pauvre petite chose qui ne sait pas faire face et préfère oublier. Je lirai ton billet sur l’adaptation ciné, je ne me sens pas d’aller le voir 😉
      (on dit que j’enchaîne les livres mais deux romans sur la même journée je ne sais pas faire, je m’incline… 🙂 )

  2. Le film passe en France, donc pas encore sûr que j’y aille, ça dépendra surtout de ma mère (j’essaie de la tenter). Je me demande si je ne ferai quand même pas un petit billet dessus, parce que je ne me suis pas du tout retrouvée dans la notion de féminité que l’auteur accole à son personnage (la femme qui, rencontrant pour la première fois ses enfants, les hommes d’office, de suite, sans concession, comme « par instinct' » donc également, plein de petites choses comme ça, mais, surtout, la « méchante » de l’histoire)(parce que bon, c’est la voleuse d’hommes la méchante, hein, pas l’homme qui lui cède…)(tout ça quoi)(oui, bon, voilà, le billet est en train de naître dans mon esprit, au point que j’espère qu’il ne va pas remplacer celui que j’avais prévu d’écrire aujourd’hui).

    1. Tu es bien partie pour écrire ton billet visiblement ^^
      Je suis tout à fait d’accord avec toi quant à l’image de la femme qui est donnée, et evidemment sur le rôle de la « méchante »alors que le mec s’en sort plutôt bien. C’est trop facile.

  3. Bon ben tu avais raison, je suis un peu restée sur ma faim…. je n’en dis pas plus, je vais dévoiler trop de choses 😉
    Mais comme tu l’as dit, il est très agréable à lire 🙂

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